Les codecs

codecs

Tout d’abord, c’est quoi un codec ?

Un codec sert à ranger des informations (à les coder), mais aussi à les décoder pour pouvoir les lire (codec = coder + décoder).
On s’en sert en postproduction surtout pour la vidéo, les photos et le son. Je vais donc me concentrer sur ces trois aspects.

Mais pourquoi faut-il coder les informations de vidéo, photo et son ?

Pour que les caméras puissent ranger les informations vidéo et son qu’elles captent, il faut qu’elles sachent comment le faire. Pour que les logiciels (de montage ou simplement un lecteur vidéo comme VLC) puissent lire ces mêmes informations, il faut qu’ils sachent comment elles sont rangées. Bref, un codec est un système de rangement standardisé, un peu comme ceux utilisés en bibliothèque pour classer les livres. Si on connaît comment sont organisés les rayons, on trouve très vite ce que l’on cherche.

Les codecs ne sont qu’affaire de compromis

Dans une photo, il y a beaucoup d’informations. Chaque pixel de la photo a une couleur, que l’on doit définir précisément. Et il peut vite y avoir des dizaines de millions de pixels par photos. Une vidéo est composée d’au moins 24 images par secondes, donc le volume d’informations à stocker devient vite colossal. Pour vous donner une idée, une vidéo d’une heure en HD non compressée prend plus 560 Go. C’est donc ingérable au quotidien. Non seulement, le stockage de tant de données est impossible, mais de plus, il faut pouvoir les lire suffisamment rapidement pour regarder les vidéos à vitesse normale. Il a donc fallu trouver un système pour que cela prenne moins de place, c’est-à-dire compresser les informations. D’où l’utilisation des codecs.

Or, chaque codec a ses spécificités : un codec peut compresser plus ou moins les informations. Plus elles sont compressées, plus il est facile de les transporter, mais souvent au prix de la perte de certains détails dans l’image (ou dans le son). L’œil humain n’étant pas infaillible, ce n’est souvent pas grave, car il ne voit pas la différence. Mais si on compresse trop, alors même à l’œil, on note une perte de qualité (“oh, c’est tout pixellisé !”).

En audiovisuel, on veut souvent garder un maximum d’informations, même celles invisibles à l’œil nu. En effet, comme on travaille les images, ces informations “cachées” peuvent être utiles à l’étalonnage.

Voici un exemple :

codecs-sombreLa partie basse de cette image est un peu sombre. On souhaite donc l’éclaircir afin de révéler les détails. Voilà ce que ça donnerait en travaillant avec une image un peu trop compressée :

codecs-compresseeSi on était parti depuis la même image mais dans un codec moins compressé, on pourrait obtenir ceci :

codecs-peu-compresseeOn voit bien que nous avons révélé bien plus de détails en partant d’une image peu compressée. S’ils étaient invisibles dans l’originale avant étalonnage, ce dernier a permis de les faire ressortir. En partant d’une version un peu trop compressée, on ne peut pas aller si loin et on obtient qu’une zone grisâtre.

Il faut donc soigneusement choisir le codec qu’on va utiliser en fonction de ses besoins et de ses moyens.

Les codecs les plus courants

Pour vous aider à choisir le codec le plus adapté, voici un petit guide des codecs principaux en audiovisuel :

En vidéo

Apple ProRes : codec très adapté au travail en audiovisuel. Il existe plusieurs variantes, de la moins à la plus compressée :

  • Apple ProRes 4444 XQ : codec extrêmement conservateur des informations, mais les fichiers sont tout particulièrement lourds. À réserver au travail sur les effets spéciaux pour la fiction.
  • Apple ProRes 4444 : codec très conservateur, et donc, fichiers très lourds. À utiliser pour le travail d’étalonnage ou d’effets spéciaux en fiction.
  • Apple ProRes 422 HQ : Très bon compromis. Codec certes encore lourd, mais parfait pour toute la postproduction en télévision, voire cinéma sans trop de budget. On conserve souvent les masters de films de télévision dans ce format.
  • Apple ProRes 422 : On commence à perdre des détails à partir de ce niveau-là. En tournage, ce codec peut être utilisé, mais il est moins adapté à la postproduction.
  • Apple ProRes 422 LT : codec de qualité suffisante pour visionner un film dans de très bonnes conditions, mais ne permettant pas de travailler avec, trop de détails sont perdus.
  • Apple ProRes 422 Proxy : codec de qualité moyenne, mais les fichiers sont très légers. On encode souvent les rushes dans ce codec pour travailler en montage. La qualité est suffisante et permet d’avoir tous les rushes en machine sans nécessiter trop de stockage. Par contre, une fois le film monté, il faut conformer, c’est-à-dire remplacer les rushes dans leur codec d’origine.

Avid DNxHR, DNxHD : c’est l’équivalent des codecs Apple ProRes mais pour Avid. Ils permettent de travailler uniquement en HD, 2K ou 4K. On ne peut pas les utiliser en SD, contrairement aux ProRes qui acceptent toutes les dimensions. Là aussi, il existe plusieurs versions, chacune accompagnée d’un nombre. Plus ce nombre est petit, plus l’image est compressée. Voici les principales versions :

  • DNxHR : Codecs très récents, utilisés uniquement pour la postproduction en 2K et les formats supérieurs.
  • DNxHD 220 ou DNxHD 185 : Codec comparable à l’Apple ProRes 422 HQ. Ils sont certes un peu lourds, mais parfaits pour toute la postproduction en télévision, voire cinéma sans trop de budget. Ils existent aussi en version X, d’encore meilleure qualité.
  • DNxHD 120 : Codec de tournage très souvent utilisé en télévision.
  • DNxHD 36 : Codec de travail, très utilisé en montage, mais nécessitant conformation une fois le montage terminé, comme l’Apple ProRes Proxy.

XAVC, XDCAM, AVCHD, etc. : ce sont tous des codecs de tournage assez compressés, mais prenant peu de place. De nombreuses caméras pour la télévision s’en servent. Par contre, comme ils sont assez compressés, ils demandent beaucoup de puissance pour être décodés en lecture. S’ils peuvent être utilisés directement en montage, ce qui est pratique et rapide, je conseille tout de même de prévoir un encodage dans un codec adapté au montage (DNxHD ou Apple ProRes).

h.264 : Codec très compressé, utilisé uniquement pour faire des fichiers très légers destinés au web ou à l’échange par internet. Il ne doit pas être utilisé en postproduction, mais seulement pour des exports de visionnage. Notons que dans ce codec, on peut régler le débit d’information par secondes, ce qui peut jouer énormément sur le poids et la qualité d’un fichier. Une vidéo en h.264 peut être très propre (comme sur les BluRay) ou très pixellisé (comme la majorité des vidéos Youtube…). Réussir un encodage h.264 est donc compliqué.

La nouvelle génération de ce codec s’appelle tout simplement le h.265 (appelé aussi HEVC). Il qui génère des vidéos deux fois moins lourdes à qualité équivalente, mais nécessite plus de temps de calcul pour être utilisé.

MPEG-1, MPEG-2 : codecs très compressés, mais plus anciens que le h.264 et le h.265. Ce dernier est bien plus efficace et donc à privilégier.

Son

Au son, on travaille uniquement en non-compressé. Vous verrez donc des fichiers .wav ou .aiff. Même si ce ne sont pas techniquement des codecs, la différence n’a que peu d’importance, il suffit de savoir qu’on peut les utiliser en postproduction sans soucis.

Vous entendrez aussi parler de PCM, qui lui est un codec, utilisé sous le format .wav, donc, parfait pour le travail du son.

Le MP3 et le AAC sont des codecs compressés, uniquement destinés à la lecture et non pas au travail de postproduction.

Photo

Les codecs de travail principaux (sans pertes de qualité) sont TIFF, TGA, PSD.

Les codecs JPEG sont eux compressés et destinés uniquement au visionnage.

Les conteneurs

Ils sont souvent confondus avec les codecs, mais ce n’est pas la même chose. Ce sont des “boîtes” comprenant plusieurs éléments (le plus souvent : 1 piste vidéo, 2 pistes sons, 1 piste timecode). Chacun de ces éléments est encodé avec son codec propre.

Les conteneurs les plus courants sont MOV, AVI et MXF. De fait, savoir qu’on utilise un fichier .mov ne nous dit rien sur les codecs (et donc la taille et la qualité) de ce qu’on a à l’intérieur. On peut utiliser des .mov avec une video h.264 toute pixellisée et muette, ou un fichier Master de pleine qualité en Apple ProRes 4444, 12 pistes audios et 3 sous-titres. Un fichier MOV n’est qu’une boîte, mais on ne sait pas ce qu’il y a dedans.

Article actualisé le 4 août 2016

Pour marque-pages : Permaliens.

3 Commentaires

  1. Résumé clair. Impeccable. Merci.

  2. Bonjour, je tourne en 25im/sec en 1920×1080 avec un boîtier 7d. Quand jimporte mes videos je les encode en prores 422HQ est-ce logique? Dois-je conformer à la sortie? Quelle sortie sera la plus proche de la meilleure qualité sans être trop lourde? Je monte sur final cut 7! Et aie aie aie je vais passer au 5d Mark IV et la je suis encore plus pommee niveau encodages- confo et sortie ratio meilleur qualité/poid du fichier sachant que Cest généralement pour internet sauf demande particulière type pub instit pour le cinéma!

    • Ah, question un peu complexe, car ça dépend de beaucoup de choses (y a-t-il des FX ? quel est le support final ? quelle est la quantité de rushes ? Quelle est la machine de montage ? etc.).
      Mais je pense qu’en Apple ProRes normal (pas HQ, ni LT), vous ne prenez pas trop de risques. Le codec du 5D est très compressé, donc le HQ est un peu trop surdimensionné. Le LT peut abîmer un peu l’image, donc le ProRes normal est un bon compromis. Vous n’aurez pas besoin de conformer vos rushes dans ce cas.
      Si ça fait trop lourd, vous pouvez encoder vos rushes ProRes Proxy, mais il faudra faire une conformation pour l’étalonnage. Tout cela est valable pour le Mark IV (donc l’encodage est certes moins compressé et dont les fichiers sont de plus grande résolution). Cela dit, Final Cut 7 commence à être très vieux et ne supporte pas très bien les grandes résolutions (au-delà de la HD 1920×1080) et est buggé sur les nouvelles machines. Final Cut X, Avid ou Premiere le remplacent avantageusement.
      Si vous voulez qu’on discute plus précisément, envoyez-moi un message : http://tom-postprod.fr/le-site/contact/

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